L’argent liquide est-il voué à disparaître ?

L’argent liquide est-il voué à disparaître ?

Dans un monde envahi par le digital, les espèces sont-elles en voie d’extinction ? Dopées par l’essor de nouveaux moyens de paiement, les transactions électroniques devraient encore monter en puissance pour représenter près de 726 milliards d’opérations dans le monde d’ici 2020, selon une étude réalisée par Capgemini et BNP Paribas. Pourtant, tous les consommateurs ne sont pas prêts à sauter le pas. D’après une enquête IFOP de 2016, les Français préfèrent encore la monnaie sonnante et trébuchante pour un achat sur deux. L’argent liquide aurait-il finalement encore de beaux jours devant lui ?

Ailleurs en Europe pourtant, le cash est sérieusement menacé : la Suède a fait de la dématérialisation de sa monnaie une religion. Dans ce pays où payer en liquide est suspect, même l’Eglise permet à ses paroissiens d’honorer la quête dominicale via son smartphone et ce grace à Swish, une application qui permet d’effectuer des virements en temps réel en quelques clics. Résultat au royaume d’Ericsson et Ikea, les transactions en liquide ne représentent plus que 2% du montant total des échanges financiers dans le pays.

Le constat est sans appel. Partout dans le monde, la dématérialisation de la monnaie gagne du terrain. Entre 2014 et 2015, le volume mondial des transactions sans espèces a progressé de 11,2% pour atteindre le chiffre de 433 milliards d’opérations.

Les moyens de paiements se multiplient

Les Gafa (Facebook Google, Apple) ont eux aussi, ont flairé le filon en développant entre autres, Apple Pay et Android Pay. En octobre dernier, c’était au tour de la banque centrale d’Irlande de donner à Facebook l’agrément de prestataire de paiement et d’émetteur de monnaie électronique.

Le paiement par carte bancaire sans contact, qui permet depuis le 1er octobre de payer jusqu’à 30 euros (sur les cartes émises depuis cette date uniquement) sans taper son code secret est lui aussi en plein boom. Cette façon de régler ses achats au quotidien a doublé en un an atteignant 108 millions en juillet en France, soit une augmentation de 112 % par rapport à l’an dernier. Le Groupement cartes bancaires (GIE CB) prévoit que le cap du milliard d’opérations sera franchi d’ici à la fin de l’année (après 605 millions en 2016) pour un montant de 11 milliards d’euros.

D’autres initiatives témoignent du mouvement généralisé de dématérialisation des moyens de paiement. On peut citer la multitude de jeunes pousses de la finance, les fintechs, qui fleurissent dans le paysage bancaire pour répondre aux nouvelles attentes des clients.

Plus subversif, le succès des crypto-monnaies est symptomatique de ce changement de paradigme. Il en existe aujourd’hui plus de 200 aujourd’hui. La plus connue, le Bitcoin, fait régulièrement les gros titres de la presse en battant record sur record. Elle s’échange aujourd’hui à plus 5000 dollars alors qu’elle ne coutait que quelques cents à sa création en 2009. Ces monnaies prisées à l’origine par les geeks parce qu’elles ne dépendent pas de banques centrales ne se limitent plus à Internet. Premier pas vers la démocratisation, le bitcoin est accepté par un nombre croissant de commerçants, de quoi en faire une alternative concrète aux systèmes de paiement traditionnels.

Un plan secret contre le liquide ?

Après la Suède qui a fait le choix politique d’éradiquer le paiement en liquide, John Cryan, le patron de Deutsche Bank, enfonçait le clou au forum de Davos en affirmant que « le cash, n’existera probablement plus dans 10 ans. Ce n’est pas quelque chose qui est nécessaire, c’est terriblement inefficace et cher ».

De fait le liquide est le moyen de paiement le plus couteux collectivement. Entre le coût de sa fabrication, la distribution, le sotckage, la sécurisation, recourir au cash coûte cher et le fait qu’il n’existe aucun recours en cas de perte ou de vol, nos chers billets présentent de sérieux inconvénients. Pas étonnant dès lors que les initiatives visant à détourner les consommateurs de payer en liquide se multiplient.

En France par exemple, il est interdit depuis deux ans de régler en liquide les achats supérieurs à 1.000 euros. La Banque centrale européenne a quant à elle supprimé le billet de 500 euros, pourtant très populaire en Allemagne.

Le cash n’a pas dit son dernier mot

A l’heure de l’économie 2.0, les espèces relèveraient-elles de l’archaïsme ? On aurait tort d’enterrer un système qui remonte à la naissance de l’humanité. Car s’il n’est pas possible de situer avec précision son invention, une chose est sûre la monnaie a une histoire aussi longue que le commerce et les transactions.

Non seulement elle est une condition essentielle de l’activité économique, mais elle joue un rôle social prépondérant. La monnaie permet de créer du lien social et un sentiment d’appartenance autour d’une communauté. Outre la dimension sociologique et historique de l’argent liquide, les consommateurs sont encore anxieux à l’égard des fraudes à la carte bancaire, et considèrent de fait que le liquide comme le moyen de paiement le moins risqué. De plus la monnaie est visible on la touche, et permet de mieux contrôler ses dépenses. De ne pas subir de commissions. Enfin, elle garantit l’anonymat à l’heure où beaucoup s’inquiètent de l’usage abusif de leurs données personnelles.

Florentine Loiseau (redaction@boursorama.fr)

source http://www.boursorama.com/actualites/l-argent-liquide-est-il-voue-a-disparaitre-e606b5400419be1d943211213472e0dd